La vallée des immortels



La vallée des immortels


Ceux qui s’intéressent au développement durable, à la longévité, l’environnement, à l’alimentation et à la santé ne pourront que se réjouir de découvrir ou de redécouvrir.

Repères géographiques

Il ne faut pas confondre le Karakoram, massif montagneux du
Cachemire, avec l’Himalaya. Les explorateurs des Hunzas les situent
souvent dans l’Himalaya. En fait, les pics rocheux du Karakoram,
parmi les plus élevés du monde (jusqu’à 8000 mètres) s’élèvent entre
l’Himalaya et l’Indus (fleuve de l’Asie méridionale qui s’étend sur
3040 kms) et à proximité de l’Hindou Kouch, une chaîne de montagnes au
nord de l’Afghanistan. Située à une altitude variant de 1,600 à 2,400
mètres, aux confins de l’URSS, de la Chine, de l’Afghanistan, du
Pakistan et de l’Inde, la vallée s’étend sur une distance de 160 kms
environ. Près de 25,000 Hunzas y vivent, 35,000 si on englobe leurs
voisins, les Nagirs, implantés sur l’autre versant de la
vallée.

Qui sont-ils ?

Une tradition orale attribue l’origine des Hunzakuts (nom qu’ils
préfèrent à celui de Hunza) à trois soldats d’Alexandre le Grand qui
auraient épousé des femmes perses, il y a près de 2000 ans. Les
Hunzas sont grands, ils ont la peau claire et l’aspect physique des
anciens Grecs. Ils ont été à la fois nomades et sédentaires.
Guerriers redoutés, ils utilisaient comme armes l’arc et le sabre. Les
caravanes qui devaient emprunter les pistes passant sur leur
territoire payaient des redevances au Mir (roi des Hunzas) pour
assurer leur sécurité. Ce brigandage prit fin lorsqu’en 1891 les
Hunzas passèrent sous la domination des Britanniques.(Ils
appartiennent à l’heure actuelle au Pakistan.)

Origine de leur nom

« Ils sont unis comme des flèches dans un carquois ». Les Girkis ont été
tellement frappés par cette cohésion sociale des Bouroushos
qu’ils ont appelé Hunza, flèche en bouroushaki, toute la vallée où
habite ce peuple.
Les Hunzakuts étaient auparavant appelés « Bouroushos » à cause de leur
langue, le bouroushaski, qu’ils sont les seuls à parler, avec leurs
voisins les Nagirs qui, par ailleurs, ne leur ressemblent pas. Leur
langue intrigue les linguistes, car elle ne se rattache pas aux
langues indo-européennes que parlent les peuplades avoisinantes.
L’hypothèse la moins invraisemblable est celle qui la rattache aux
langues caucasiennes. Mais on soutient également qu’elle aurait des
ressemblances avec la langue basque. Quoi qu’il en soit, c’est
d’après les connaisseurs, une langue d’une richesse luxuriante, aux
nuances infinies.

Un régime autarcique

C’est par leur mode de vie entièrement autarcique que les Hunzakuts ont
le plus attiré l’attention de leurs visiteurs. Dans cette vallée
montagneuse, à force de charroyer au cours des siècles des pierres et
de la terre, ils ont aménagé des jardins en terrasses et pour les
arroser, un prodigieux système de canalisation de pierre qui leur
permet de recueillir les eaux de fonte des glaciers. Ces tranchées
amènent directement l’eau à chaque jardin. Une loi très stricte règle
l’utilisation de cette eau : c’est seulement à certaines périodes bien
définies que chaque propriétaire peut arroser son jardin et il gère le
flot grâce à une pierre qu’il déplace selon ses besoins. Les
Hunzas savent par expérience qu’il ne faut pas noyer le sol sous
peine de le priver de ses nutriments et ils surveillent
scrupuleusement la quantité d’eau qu’il peut absorber. Plus haut dans
la montagne, ils ont aussi creusé une citerne qui leur sert de
réserve en cas de disette.
De longues périodes de temps nuageux peuvent causer une disette d’eau en suspendant l’effet du soleil sur la fonte des glaciers. Il tombe en moyenne 5 cm d’eau par année dans cette vallée qui est orientée de telle façon qu’elle est fortement exposée au soleil par contre,on observe depuis des décennies une fonte plus importante des glaciers.
Ces eaux ont une très grande richesse minéralogique et les savants qui
se sont intéressés à la longévité exceptionnelle de ce peuple
considèrent qu’elles sont l’un des éléments importants, non seulement
de la régénération des sols, mais aussi de la santé des Hunzas qui la
boivent. Tobe la décrit comme étant trouble et d’une couleur
indéfinissable, en raison de la quantité de minéraux qu’elle
contient. Le même Tobe avait toutefois remarqué que, lors des repas
pris chez le Mir, on servait aux visiteurs une eau limpide provenant
d’une source mais que le Mir lui-même ne buvait que l’eau des
glaciers.
Outre leur eau, la nourriture que consomment les Hunzakuts a fait
l’objet de nombreuses recherches. Ils vivent en totale et parfaite
autarcie et tirent toute leur subsistance de leurs produits
agricoles, de leurs animaux et de quelques plantes sauvages. Ils
cultivent principalement les arbres fruitiers dont les fameux
abricotiers qui assurent la base de leur alimentation. Également, les
pommiers, les poiriers, les noyers ainsi que quelques vignes. Ils
sèment des céréales : sarrasin, orge, mil et luzerne mais surtout le
blé, avec lequel ils fabriquent le pain sans levain, le chappati. Comme
ils ne font pas de réserves de farine, les grains qu’ils
utilisent sont moulus sur pierre au jour le jour. Tobe a aussi visité
des moulins à farine plus importants, destinés à tous les habitants
d’un village. Les résidus servent à nourrir les animaux et à
fertiliser les sols. Quant à leurs légumes, ils sont analogues aux
nôtres : carotte, chou épinard, chou-fleur, pois, tomate, radis, pomme
de terre, navet, haricot, oignon, citrouille, melon. Un autre trait
important, c’est que leurs arbres fruitiers sont exempts de maladies et
d’insectes et que, par conséquent, bon an, mal an, les fermiers sont
assurés d’une production sinon toujours abondante du moins
constante.
Les abricots forment l’essentiel de la nourriture des Hunzas (voir leur
alimentation) ; les voyageurs ont tous décrit leur émerveillement devant
ces terrasses où les fruits mis à sécher au soleil forment de grandes
nappes de couleur orangée.
Ils font aussi de l’élevage : ils ont surtout des vaches, des chèvres et
des yaks. Le lait de ces animaux est converti en beurre, un beurre qui
ressemble plutôt à un fromage qui a la particularité de se
conserver pendant des mois, sinon des années, grâce à un procédé de
conservation rustique et efficace : enveloppé d’écorces de bouleaux, il
est réfrigéré dans les eaux froides en provenance des glaciers. Ils
clarifient également ce beurre à qui ils donnent le nom de ghee en le
chauffant un peu et le consomment sur leurs chappatis.
Leurs terres ne sont pas assez abondantes pour leur permettre un élevage intensif. Ils consomment donc peu de viande, et seulement au cours de leur hiver rigoureux. Le régime autarcique des Hunzas ne se limite pas à leur
alimentation. Ils tirent tous les produits nécessaires à leur subsistance de leur environnement. Ils tissent la laine des moutons et celle des yaks, très recherchée pour sa finesse et sa solidité, et font des étoffes d’une grande variété de couleurs et des tapis qui ont la réputation de durer cinquante ans ! Ils pratiquent aussi tous les métiers : ils sont menuisiers, forgerons, cordonniers ; ils fabriquent des chaussures parfaitement adaptées aux pistes de montagnes et au climat à partir des peaux de leurs animaux, dont
toutes les parties sont utilisées. Dans le passé, même les cornes des
yaks leur servaient à creuser le sol.

Leur alimentation

Venons-en à leur alimentation, qui passionne ceux qui les approchent.
Elle a plus ou moins influencé les nutritionnistes en Occident, car
tout en étant frugale et pratiquement dénuée de protéines animales,
elle nourrit depuis des siècles un peuple que certains médecins
n’hésitent pas à décrire comme « libre de maladie ». Cette alimentation
ne prend son sens que si on la situe dans l’ensemble de leur vie, qui
est soumise étroitement aux rythmes de la nature et aux rites de leur
religion. Ils sont musulmans de la secte d’Ismaël, et leur conception
de cette religion est réaliste et étrangère aux excès du fondamentalisme. La prière du lever, qui a lieu pour les Musulmans vers 4 heures du matin, n’est pas obligatoire ; seuls les plus fervents se rendent à la mosquée. Mais tous travaillent au champ dès l’aurore. Les enfants accompagnent les parents et sont initiés dès leur jeune âge au travail de la terre. Les repas sont peu abondants et fréquents. Le déjeuner consiste en un bol d’abricots frais ou
bouillis avec des céréales et accompagné de chappatis.
Vers 10 heures, même régime auquel s’ajoutent des légumes frais ou
bouillis. Le chef de famille a droit à 2 chappatis, les autres membres de la famille à un seul. Entre 13 heures et 14 heures, autre repas constitué cette fois d’abricots secs attendris dans de l’eau l’hiver, ou d’abricots frais l’été. Et enfin, entre 17 et 19 heures, un repas plus substantiel comprend, outre les chappatis, des légumes et en saison, des fruits variés, prunes, pêches, poires, pommes ou abricots frais. Ils tirent des amandes de l’abricot une huile qu’ils utilisent de nombreuses façons, pour frire certains mets, s’éclairer, protéger leur peau et leurs cheveux, etc. Ils ne consomment
pratiquement pas de viande, sauf pendant le mois de décembre, au
cours duquel ils tuent un ou deux moutons. C’est pendant ce mois
d’hiver qu’ils boivent, bien que musulmans, un vin fabriqué à partir
des mûres, une tradition qui se perd dans la nuit des temps.

Les chappatis

C’est un pain plat sans levain fait le plus souvent de blé ou d’un
mélange des autres grains cultivés et dont les Hunzas font la mouture
au moment même de le fabriquer. La céréale est ensuite pétrie avec de
l’eau, roulée en mince galette et à peine cuite. Ils les servent avec
du beurre fondu, le ghee et ces chappatis sont délicieux, de l’avis de
ceux qui les ont goûtés.

Évaluation calorique

Aux États-Unis, les Américains, tous âges confondus, consomment en
moyenne 3,300 calories par jour, comprenant entre autres 100 grammes de
protéines, 157 grammes de gras et 300 grammes d’hydrates de
carbone. Chez les Hunzas, d’après les études faites par des médecins
pakistanais, les adultes mâles consomment environ 1900 calories par
jour, soit 50 grammes de protéines, 36 grammes de gras et 354 grammes
d’hydrates de carbone.
Les protéines et le gras sont essentiellement d’origine végétale. Les hydrates de carbone qu’ils consomment proviennent des fruits, des légumes et des céréales. En Amérique, le sucre blanc et la farine raffinée sont les principales sources des hydrates de carbone.

Maternité

En ce qui a trait aux femmes, Tobe a recueilli des témoignages
prouvant qu’elles accouchent avec beaucoup de facilité. Elles
s’abstiennent de tout travail dur pendant les premiers temps de la
grossesse mais reprennent un rythme de travail constant au champ avec
le reste de la famille jusqu’à l’accouchement, car une croyance
populaire veut que plus la femme enceinte travaille fort, mieux se
déroule l’accouchement et en meilleure santé se trouve le nouveau-né.
La mère retourne travailler la terre peu de temps après
l’accouchement. Les enfants sont nourris au sein pendant près de
trois ans, s’il s’agit de garçons, deux ans si c’est une fille.

Organisation sociale

À l’époque où il était le chef religieux et politique des Hunzakuts, le
Mir fit remarquer à des visiteurs occidentaux (les Shor) qu’il avait eu
très peur lorsqu’un Hunza avait cru découvrir une mine d’or. Comme ils
s’étonnaient de cette réaction, le Mir poursuivit : « C’eût été la fin
des Hunzas et de leur way of life.

Éducation

En 1934, pour célébrer le centenaire de sa dynastie en Inde, l’Aga Khan
a doté le peuple hunza de son système scolaire actuel. Cela fait des
Hunzakuts un peuple aussi éduqué, sinon plus, que leurs voisins du
Pakistan ou de l’Inde. Les écoles sont gratuites et ouvertes aux filles
aussi bien qu’aux garçons.

Traits culturels

 « Les Hunzakuts ont de magnifiques dispositions. Ils sont spirituels, souriants et pleins de
gaieté. Ils ont un profond respect pour l’autorité (celle du Mir), un amour profond de leur terre, de l’affection, de la compassion et de la compréhension à l’égard de leurs voisins et sont d’une grande
hospitalité à l’égard des étrangers. Ils gardent la tête haute, sont
forts, honnêtes et rompus au travail. J’ai appris à leur contact que
les humains peuvent vivre et que la culture du sol peut très bien
réussir sans chimie, fertilisants chimiques, médicaments et médecine
synthétiques. » En fait, et pour résumer, ils étaient jusqu’à tout récemment à l’abri
du système technicien qui a envahi dans le reste du monde tous les
domaines de la vie humaine.

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